Interview Hannah Levin Seiderman : « Les langues se délient à la fin du spectacle. Tout le monde a une histoire à partager. »

Metteuse en scène de la pièce d’utilité publique autour de l’IVG « Interruption », actuellement au Théâtre Antoine (Paris 10) et Éligible aux Molières, Hannah Levin Seiderman nous en dit un peu plus sur son rapport au théâtre et sur la pièce.

🎭Synopsis d'Interruption (Source Théâtre Antoine) : « Eva est allée à la rencontre de ses amies, de leurs sœurs et de leurs mères, de toutes celles qui ont accepté de lui raconter leurs IVG. Puis elle a mêlé son histoire personnelle, trame de fond de la pièce, à ces récits. Avec tendresse, humour ou colère ces femmes brisent le silence en convoquant, tour à tour, les questions de la liberté, de l’amour, du sexe, du choix ou de la famille. »​​

« « Les femmes ont beaucoup d’humour et de recul sur les événements de leur vie » »

Hannah Levin SeidermanComédienne et Metteuse en scène

L'Interview

Qu’est-ce qui vous plaît dans le théâtre en général ?

Hannah Levin Seiderman : Je suis arrivée il y a longtemps dans le théâtre. J’avais 18 ans, maintenant j’en ai 33. Ce qui me plaît énormément, c’est que je trouve que c’est un lieu assez unique. C’est un lieu de rêverie, où l’on peut à la fois aborder des sujets de société en les décalant et en y apportant à la fois de la rêverie et une écoute différente de celle du cinéma ou de la télévision, parce que c’est un face-à-face entre les acteurs et le public. Il y a quelque chose de l’ordre de l’attention et une écoute qui est très particulière.​

Vous abordez souvent des sujets de société importants et complexes. Qu’est-ce qui vous tient à cœur ?

Hannah Levin Seiderman : On me dit souvent que je suis quelqu’un d’engagé, alors je le prends bien, mais ce qui m’intéresse à la base, c’est de raconter des histoires. Les histoires qui me touchent sont liées à ce qui se passe dans notre monde aujourd’hui et dans notre société. Ça ne m’empêchera pas à l’avenir de travailler sur des projets totalement différents. Mais c’est vrai que quand je suis à l’initiative d’un projet, ça part plutôt de ce qui nous entoure dans la société.​

Que souhaitez-vous transmettre à travers votre art et vos pièces ?

Hannah Levin Seiderman : Quand je travaille, je pense toujours aux jeunes. À travers ce que j’écris, j’essaie de leur adresser un message sur des sujets importants, en leur disant que dans la vie, ils peuvent réaliser leurs rêves et que, quand on se donne les moyens, on peut arriver au bout de ses rêves. Moi, je n’étais pas prédestinée à être dans ce milieu là, je ne suis pas d’une famille d'artistes, je viens de banlieue… Et voilà, j’ai eu envie de croire en mes rêves. Il faut dire que c’est beaucoup de travail, mais que quand on a des rêves, on peut rêver à ce qu’on veut.

Pour Interruption, il y a beaucoup de générations différentes, qui viennent voir le spectacle. Il y a beaucoup de parents qui viennent avec leurs ados (généralement à partir de 14/15 ans), même avec les garçons, parce que voilà, si un jour ça leur arrive.

Comment le projet d’Interruption est-il arrivé à vous ? Qu’est-ce qui vous a plu dedans ?

Hannah Levin Seiderman : ​C’est Sandra Vizzavona (l’auteure du livre) qui m’a contactée pour me demander si j’avais envie d’en faire quelque chose, et quand j’ai lu le livre, ça m’a vraiment touchée. Je n’ai jamais avorté mais je trouvais que ça parlait de plein d’autres choses et que ça pouvait aussi parler aux hommes : ça parlait de sexualité, de silence intrafamilial... Je trouvais qu’il y avait un panel d’émotions dans le livre qui était chouette à retranscrire.​

Comment le choix de Pascale Arbillot s’est-il imposé à vous ? Et les autres comédiennes ?

​​Hannah Levin Seiderman : ​Pour Pascale, j’avais déjà travaillé avec elle sur un précédent spectacle sur le harcèlement scolaire. C’est comme ça qu’on s’est rencontrées, je lui avais envoyé mon texte et elle avait adoré. Maintenant c’est devenu un vrai binôme de travail donc c’était évident que je lui propose de travailler avec moi sur ce projet. Je trouve que c’est une immense actrice qui a un panel de jeu assez incroyable, c’est une grosse bosseuse et on s’entend super bien.

Pour les filles, ce sont des copines de longue date, de tout le parcours qu’on a fait ensemble à l'école.

Parlez-nous de vos partis pris de mise en scène

Hannah Levin Seiderman : Je voulais que ce soit un spectacle assez “ludique” et audible pour tous, donc il fallait trouver de quoi le public soit toujours à l’écoute sur un sujet qui n’est pas évident. À la fois dans l’adaptation, c’était d’être guidée par différentes émotions et de passer très rapidement de l’une à l’autre. Pour accompagner cela, il fallait avoir différents supports et surprendre toujours, pas que ce soit un enchaînement de témoignages assez linéaires. Il fallait garder le fil rouge de Pascale. À la fois, me servir de l’audio, de la vidéo et d’arrivées assez surprenantes des autres comédiennes, ça s’est fait comme une évidence au fur et à mesure de l’adaptation.​

Comment l’idée du tableau au-dessus du décor vous est venue ?

Hannah Levin Seiderman : Je voulais qu’on soit comme dans sa maison ou dans son grenier, que ce soit un espace intime et en même temps que les images puissent refléter ses rêveries et les femmes qu’elle rencontrecomme si elles étaient en permanence avec elle. Je voulais que ce soit au-dessus de sa tête comme une bulle de bande dessinée, par exemple.​

Que ressentez-vous en voyant la pièce être reprolongée ?

Hannah Levin Seiderman : Je suis super contente ! On devait jouer une fois normalement, et on va arriver à la 50 ème. Et on est éligible aux Molières, donc si on arrivait jusque-là ce serait assez extraordinaire ! Je suis hyper fière du travail qu’on a accompli collectivement. C’est un travail à plusieurs : avec l’auteure, avec Pascale, avec les filles. Oui, je suis très fière du spectacle que j’ai réussi à porter mais c’est un ensemble de choses qu’on a construites ensemble. Et puis, voilà, c’est une aventure assez extraordinaire parce que, sur un sujet qui est compliqué comme ça, de faire perdurer le message, c’est super chouette.

Ce n’était pas évident à la base de se dire qu’à 19h les gens viendraient pour parler d’avortement… Et en fait, on a du monde tout le temps, donc ça veut aussi dire que les gens ont envie qu’on leur parle de sujets importants, et qu’ils ont aussi besoin de cela, contrairement à ce qu’on peut croire. On dit tout le temps que les gens ne vont pas sortir pour écouter des drames, mais non, ils ont aussi envie qu’on parle de leur vie. Et surtout, le spectacle, il est lumineux. C’est un sujet qui paraît dramatique, mais en fait, l’avortement ce n’est pas toujours un drame et les femmes ont beaucoup d’humour et de recul sur les événements de leur vie.

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Pourquoi faut-il absolument aller voir Interruption selon vous ? Qu’aimeriez-vous dire au public ?

Hannah Levin Seiderman : J’aimerais leur dire que ça peut les réparer à un certain endroit. La pièce aborde également de nombreux autres thèmes auxquels le public peut s'identifier, aussi bien les hommes que les femmes, de tout âge. C’est un spectacle qui amène à la discussion après la représentation, et malgré le sujet, on passe un bon moment, libérateur. Je crois que les gens ressortent avec beaucoup de choses positives, c’est beaucoup de recul et de questionnements sur leur propre histoire. C’est marrant de voir comme les langues se délient à la fin du spectacle, tout le monde a une histoire à partager.

Et surtout, il est important de faire entendre que l’avortement est un droit fondamental, une liberté. C’est la première chose qu’on enlève aux femmes, et dès lors qu'on leur retire cette liberté, c’est que vraiment, il y a un problème dans la société. C’est pour cela que c’est essentiel que ça rentre dans la constitution, que nous soyons les premiers au monde et que ce soit intouchable.

Une tournée de prévue ?

​Hannah Levin Seiderman : On part en tournée en octobre/ novembre, oui !